À jamais les premiers

Yvan BAMBINI - YvanBambini.fr YVAN BAMBINI / 21 FÉVRIER 2022
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Allons enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé

 C’était un mercredi, j’avais 16 ans à l’époque.
Passionné par le ballon rond depuis ma tendre enfance, je n’ai jamais failli à mon devoir de supporter de l’OM. Malgré vents et marées, la relégation en 2ème division, les défaites contre des clubs amateurs, ou les mauvais choix concernant le staff, l’effectif, ou la tactique adoptée, rien n’a endeuillé ma ferveur.
Partout, au marché, au cinéma, en haut du Kilimandjaro ou chez un ami, il y a de fortes probabilités pour que mon écharpe soit à proximité.
Chacun sa passion, la mienne c’est l’OM et puis c’est tout.

 Ce jour-ci n’était pas comme les autres, c’était le jour que tous les footballeurs et les supporters rêvent de vivre. Beaucoup l’attendent avec impatience, mais peu l’ont déjà vécu. Ce jour-ci était particulier, c’était le 26 mai 1993, et l’OM était en finale de la Coupe des clubs champions (C1).
Le parcours ne fut pas de tout repos. Il fallut arracher notre place au prix de beaucoup d’efforts, que nous espérions tous enfin voir récompensés. Il fallait à présent transformer l’essai en battant l’ogre milanais, si nous voulions que la coupe aux grandes oreilles se promène un jour sur la Canebière.

 Pour partager ce grand moment, plusieurs alternatives s’offraient alors à moi.
N’ayant pas eu la chance d’acquérir un billet pour le stade Olympique de Munich, dont les initiales laissaient présager qu’il nous appartenait un peu, j’ai enfourché mon vélomoteur, j’ai chargé mon voisin à l’arrière, et nous voilà partis à Aix-en-Provence.
Une fois sur place, même en deux roues, nous avons eu du mal à circuler. Toutes les routes menant au cours Mirabeau étaient saturées. Dans les voitures, les gens s’asseyaient sur le bord des fenêtres et agitaient des écharpes et des drapeaux. Les klaxons étaient assourdissants, mais les riverains encourageaient les automobilistes à klaxonner davantage. On voyait un peu partout des groupes assis sur le bitume. Les gens criaient, dansaient, trinquaient, riaient, c’était ça la vie. Les chants de l’OM retentissaient dans toutes les ruelles. Les maquillages, banderoles et les maillots bleus et blancs faisaient l’unanimité. C’était la fête, l’euphorie ! Comme rarement on avait vu.

 Les terrasses des cafés étaient saturées, car tous les professionnels y avaient installé un écran. Dès la prise d’antenne et les premières images, mon cœur s’est mis à battre plus fort que la normale. L’heure fatidique du coup d’envoi approchait à grands pas, comme le stress de voir les nôtres se faire ratatiner par les Italiens.
Vint alors la composition des équipes : Barthez, Angloma, Boli, Desailly, Eydelie, Di Méco, Sauzée, Deschamps, Pelé, Boksic, Völler. Pas de JPP, normal ! Il sera en face ce soir…
Du côté des Milanais, c’était : Rossi, Tassotti, Costacurta, Baresi, Maldini, Donadoni, Rijkaard, Albertini, Lentini, Van Basten et Massaro. Que du lourd !

Le coup d’envoi fut donné, et soudain, une chape de plomb s’est abattue sur Aix.
Plus personne ne disait un mot, les yeux rivés sur le match, tous étaient concentrés.
On entendait çà et là quelqu’un lancer tout haut : « Allez l’OM ! », mais l’heure était à l’attention (la tension).

 Milan attaque et se procure plusieurs actions dangereuses. À chacune d’elles, on entend des « oh la la ! ». On se crispe, on se demande comment l’OM va réussir à déjouer la situation. On y croit sans trop y croire, on encourage nos joueurs lorsqu’ils font preuve d’autorité, délivrent une belle passe ou driblent un adversaire, mais rien ne fait vraiment vibrer la foule.
Il ne reste qu’une minute au temps réglementaire, avant que l’arbitre siffle la fin de la première période. Sur une balle quelque peu anodine, l’OM bénéficie d’un corner.
Abédi Pelé saisit alors le ballon, se dirige vers le coin et le pose calmement au sol. La défense milanaise est regroupée, attentive, serrant de près nos attaquants.
Pelé s’élance, puis adresse un très bon centre en direction du point de pénalty. À la retombée, la bataille fait rage ! Rudy Voller saute pour reprendre le ballon de la tête, mais passe au travers. On se dit alors que c’est une action manquée et que les deux équipes vont rentrer aux vestiaires sur un score de parité. Quand soudain, comme surgi de nulle part, Basile Boli est apparu ! Se doutant que le ballon pourrait échapper au premier rideau, Basile a tenté sa chance. Après une brève course d’élan, il s’est envolé dans les airs, la suite marquera l’histoire.
Avec toute la puissance qui le caractérise, notre étendard adresse alors une tête croisée que le portier adverse ne parvient pas à détourner hors de ses cages. L’OM mène 1-0 !
Personne n’en croit ses yeux ! Aix-en-Provence explose ! Tout le monde se réveille d’un seul coup. Les chaises tombent ! les tables valsent ! les verres se renversent, mais qu’importe, puisque d’autres arrosent la foule avec ce qu’ils trouvent sous la main. Les gens se serrent dans les bras, s’embrassent, et rebondissent au rythme du refrain « qui saute pas n’est pas Marseillais ! Ouais ! ». C’est l’ambiance des grands soirs, on se prend à y croire, mais après un quart d’heure de décompression, vint l’heure de la seconde période.

 C’est bien beau de prendre l’avantage, encore faut-il savoir le conserver. C’est ce qu’ont fait nos Olympiens. Pour cela, nul doute que les conseils avisés de notre sorcier belge furent bien plus que profitables. À l’italienne ! « Catenaccio ! » Comme on dit. Voilà en quelques mots le résumé de la deuxième mi-temps.
Le Milan AC domine, et se procure de nombreuses actions dangereuses. À chacune d’elles, la France entière retient son souffle. Ça pousse ! Ça tente le tout pour le tout afin de revenir au score. Mais rien n’y fera. Les Milanais étaient peut-être plus forts, mais on était plus nombreux. Ils jouaient à 11 sur la pelouse, nous on était 13 ! Comme les Bouches-du-Rhône ! 11 sur le terrain, plus l’amour de tout un peuple, et la bienveillance de la Bonne Mère, il ne faut pas l’oublier.
Après quelques minutes de temps additionnel, qui nous semblaient durer une éternité, l’arbitre décida enfin de siffler la fin du match.
Ça y est ! C’est fait ! L’OM est champion d’Europe !

 La suite était rocambolesque, puisque toute la population est descendue dans la rue pour fêter l’évènement. On y croisait des personnes de tous les âges, de toutes les appartenances, de toutes les catégories sociales et professionnelles, seuls la joie, le bonheur, et l’exaltation, étaient au centre des préoccupations.
Déjà à moitié trempés et colorés un peu partout, nous avons alors décidé de finir la nuit par un petit bain dans la Rotonde. En effet, on trouvait ça farfelu de faire quelques brasses dans la fontaine principale d’Aix-en-Provence, mais ce n’était rien comparé à ceux qui avaient décidé d’y entrer en scooter par exemple…

 Tant bien que mal, nous sommes retournés à la maison. Les premiers rayons de soleil commençaient à se frayer un chemin au milieu de la pénombre. Il ne restait que quelques instants pour se reposer un peu, car l’heure du lycée était proche. Ce jour-là, pas question de louper les cours, célébrer la victoire était bien trop important.
En classe, nous avons tous fêté ça dignement. Lorsque je marchais dans les couloirs, mes semelles faisaient encore « flop ! flop ! », comme pour me rappeler que la Rotonde était toujours présente, comme elle l’est encore 30 ans plus tard lorsque j’écris ces mots.

À jamais les premiers ! À être le club français ayant remporté le trophée ultime, à avoir ressenti de telles émotions.

Pour l’éternité : Allez l’OM !

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