Le match du siècle

Récit d’un match pas comme les autres…
Le samedi 22 août 1998, un peu plus d’un mois après le sacre de l’équipe de France en coupe du monde, Marseille accueillait Montpellier dans le cadre de la 3ème journée du Championnat de France. Le temps était clément, le stade était plein, la pelouse était belle, et toute l’équipe de l’OM était prête à disputer la rencontre, mais personne n’imaginait le scénario du soir, sauf peut-être un…
Décidés à montrer leur suprématie, les joueurs marseillais sont entrés sur le terrain avec de vives intentions, mais rapidement, l’OM se fait surprendre par un piqué de Xavier Gravelaine pour Ibrahima Bakayoko, qui ouvre le score à la 14ème minute.
Quelques instants plus tard, le gardien montpelliérain passe la balle à Pascal Baills, qui adresse ensuite une longue transversale à destination de Laurent Robert. L’attaquant saisit alors le ballon et trompe Porato. L’équipe de Jean-Louis Gasset mène 2-0 au Vélodrome, après seulement 20 minutes de jeu. Il était urgent que les Marseillais réagissent.
Hélas, 2 minutes plus tard, Patrick Blondeau tacle violemment Gravelaine et écope d’un carton jaune. Coup franc pour Montpellier, situé à quelques pas de la ligne de touche, au niveau du coin droit de la surface de réparation. À la baguette : Franck Sauzée ! Il déclenche un missile qui vient transpercer les cages olympiennes pour la troisième fois consécutive. C’est un début de match cauchemardesque. 3-0 ! En moins d’une demi-heure ! Le stade gronde, le public siffle, personne n’en croit ses yeux. Pourtant, ce n’est pas terminé !
Une attaque marseillaise échoue sur Franck Silvestre, qui ressort le ballon et le transmet à l’imperturbable Gavelaine, qui, une fois de plus, élimine toute la défense par une longue passe en direction de Bakayoko. La pointe héraultaise ne se fait pas prier et inscrit alors son deuxième but du match. L’arbitre siffle ensuite la fin de la première période. L’OM est mené 4-0 à domicile par son voisin Montpellier. Une bronca du tonnerre se fait entendre dans tout le stade. Puis les joueurs marseillais rentrent aux vestiaires la mine déconfite, comme si le ciel venait de leur tomber sur la tête.
C’est à cet instant que Laurent Courbis croise Michel Mézy et Louis Nicolin. Il tend alors la main à l’emblématique Président montpelliérain, comme pour le féliciter, mais à la surprise générale il lui glisse ces mots : « Tu paries qu’on le gagne ce match ? ».
Inconcevable vu la physionomie de la rencontre, osé de la part d’un entraineur tout juste humilié.

Il ajoute même :

Un quart d’heure se passe, les fauves retournent dans l’arène. Marseille repart avec d’autres intentions, mais ce n’est toujours pas suffisant.
Laurent Courbis décide alors de changer quelque chose. Il sort Daniel Bravo et fait entrer Christophe Dugarry. Un choix déterminant, c’est le moins qu’on puisse dire !
Quelques instants plus tard (61’), Laurent Blanc effectue à son tour une longue transversale pour « Duga », qui récupère le ballon à droite de la surface de réparation adverse. Il centre ensuite pour Florien Maurice, qui d’une tête croisée à droite du gardien, inscrit son premier but sous les couleurs olympiennes. Pour le célébrer, pas de fioritures, Florian Maurice trotte jusqu’à son coéquipier et lui fait la bise.

À peine une minute plus tard, Laurent Robert commet une faute sur le même Christophe Dugarry, situé à droite, entre le corner et la surface montpelliéraine. Pires tire ensuite le coup franc au deuxième poteau, et « Duga », encore lui, reprend le ballon aérien d’une tête smachée qui trompe Bruno Martini.
Il reste 28 minutes de jeu, et il n’y a plus que deux buts d’écart entre les deux équipes. Tout est encore possible.

71’ : l’OM bénéficie d’un corner sur le côté gauche, que Titi Camara s’empresse d’aller tirer.
Il effectue un centre haut et fort au premier poteau, Laurent Blanc saute, manque de peu le ballon, suivi de près par la défense adverse qui passe aussi au travers, quand tout à coup, l’infatigable Christophe Dugarry surgit et parvient une fois de plus à placer une tête qui trompe la vigilance du gardien.
Il reste 19 minutes avant le coup de sifflet final. L’OM n’a plus qu’un but de retard, le stade s’embrase et les supporters y croient plus que jamais.

83’20 : Tout le monde est captivé par le match. Depuis 10 minutes, les Marseillais poussent, mais n’y arrivent pas. À cet instant, on entend clairement provenir des tribunes : « Quand le virage se met à chanter, c’est tout le stade qui va s’enflammer ! »
Sur une touche anodine, Robert Pires récupère le ballon et l’envoie « dans la boite ». Fabricio Ravanelli fait ensuite quelques pas en arrière, pour reprendre le ballon à l’entrée de la surface de réparation, puis adresse une tête piquée à l’attention d’Éric Roy, qui d’une frappe à bout portant inscrit le but égalisateur de l’OM.

Le stade est en ébullition ! Les Montpelliérains sont dépités. Pour la quatrième fois en quelques minutes, Bruno Martini va chercher le ballon dans ses cages et le redonne à un de ses coéquipiers pour effectuer une nouvelle remise en jeu.
L’imprévisible est arrivé, il ne reste que quelques minutes et les remplaçants, le staff technique, les supporters et les joueurs eux-mêmes se prêtent à rêver d’un véritable exploit.
Marseille essaie, mais bute sur des Héraultais bien regroupés en défense, ressortant le ballon rapidement pour jouer les contre-attaques.
C’est alors que s’élève des tribunes : « Aux armes ! Nous sommes les Marseillais ! ».
L’arbitre informe les joueurs qu’il y aura 3 minutes de temps additionnel. Nous sommes à la 90’, sur une passe en profondeur manquée, Laurent Blanc récupère le ballon devant sa surface de réparation, il transmet ensuite la balle à Galas situé sur sa gauche, qui la redonne à Cyril Domoraud au centre. Le ballon arrive ensuite jusqu’à Blondeau, exceptionnel tout au long de la rencontre. À son tour, il transmet la balle à Éric Roy, qui fait une longue passe à ras de terre pour Ravanelli, positionné à droite de la surface adverse. L’Italien glisse ensuite la balle à Pires, qui s’engouffre dans la défense, avant de se faire sécher par son ancien coéquipier messin Cyril Serredszum. Pénalty ! Le vélodrome est au bord de l’explosion.
Sacré champion du monde un mois plus tôt, Laurent Blanc prend alors ses responsabilités.
Il saisit le ballon, le place sur le point de pénalty, recule jusqu’à l’extérieur de la surface de réparation, puis s’élance sans s’occuper un instant de la position du gardien. Il tire en force, à mi-hauteur, à droite du portier montpelliérain, qui ne peut rien faire ! 5-4 ! Marseille exulte ! Marseille s’enflamme ! Et le stade tombe dans une forme de démence !
Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors l’OM l’a fait ! Pour l’éternité !
On traverse tous des moments difficiles, durant lesquels on se pose généralement beaucoup de questions. Alors si un jour vous perdez quelque peu le fil, et ne savez plus vraiment pourquoi on vit, ces moments sont là pour le rappeler.
Un grand merci à tous les joueurs, à la direction, aux équipes techniques et médicales, ainsi qu’aux caméras ayant immortalisé cet évènement, et un grand bravo aux supporters présents jusqu’au bout.
C’était un match incroyable ! Fantastique ! Exceptionnel ! C’était le match du siècle ! Comme l’OM sait les jouer.
Je dédie cet article à la mémoire de Louis Nicollin, illustre président montpelliérain, et grand amoureux du football. Il nous a quittés le 29 juin 2017, mais il restera à jamais dans nos cœurs. Adieu « Loulou », tu nous manqueras toujours.

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